UQAM - Université du Québec à Montréal Faculté de sciences politique et de droit
Revue sur les nouvelles pratiques sociales
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Appel de contributions

Appels en cours

 

VOL. 23, NO 2  (PRINTEMPS 2011)

 

Dossier : Intervenir pour favoriser l'agir ensemble

Responsables :   Michelle Duval, Esther Filion et Pierre Fournier

 

Les travaux de recherche et de réflexion sur l’action collective menés au cours des dernières années et qui portent sur la nature et les visées de l’action collective ainsi que sur les formes que prend la mobilisation (voir les différentes théories des mouvements sociaux) s’attardent peu aux façons d’intervenir pour favoriser l’agir ensemble. C’est du moins le constat fait lors du colloque Action collective et exclusion sociale en Europe tenu en janvier 2008 à Lyon, où une seule présentation sur une trentaine abordait la question de l’intervention. Or les praticiens de l’action collective (les organisateurs communautaires) ont grandement besoin d’avoir accès à de telles connaissances pour développer et raffiner leur intervention et surtout, pour donner du sens à cette intervention.

Appelée tantôt organisation communautaire 1 ou encore action communautaire 2, intervention sociale collective 3, intervention collective en travail social 4 ou même animation sociale à l’époque de son apparition 5, la pratique de l’intervention auprès des communautés (c’est la dénomination retenue par l’École de travail social de l’UQAM) s’inscrit dans un contexte en profonde mutation. Transformation du réseau public de santé et de services sociaux où les organisateurs communautaires deviennent, dans certains établissements, des agents de planification. Transformation du réseau communautaire où les membres-participants deviennent, dans certains organismes, des clients et impuissance des groupes à développer des pratiques favorisant la participation. Apparition de nouvelles problématiques appelant le développement de nouveaux champs d’intervention : environnement, mondialisation, faillite du modèle économique, sans parler du « désenchantement démocratique », selon l’expression de Hansotte 6, et dont témoignent la faible participation aux élections et la crise de confiance envers la classe politique.

Cette mutation du contexte de la pratique interpelle directement l’équipe de formation pratique rattachée à la concentration « intervention auprès des communautés » à l’École de travail social de l’UQAM, à cause des difficultés qu’elle entraîne. Difficulté certes à recruter des lieux de stage offrant la possibilité d’apprendre à mener des actions collectives en travaillant d’abord avec les « premiers concernés  »; mais difficulté d’abord à définir qui sont ces premiers concernés et aussi quelles activités peuvent être considérées comme des actions collectives; difficulté enfin à cerner le sens des interventions et leur finalité. Un état de situation s’impose.

Nous faisons cet appel à tous et à toutes en vous invitant à réfléchir aux questions suivantes :

1)   La participation des « premiers concernés » aux décisions et aux actions menées pour changer leurs conditions de vie est le principe premier sur lequel repose l’intervention auprès des communautés et relève d’une conception horizontale plutôt que verticale du pouvoir. Doré est formel : le « principe de la participation de la communauté concernée [...] représente la marque distinctive de l’organisation communautaire comme pratique sociale 7. » Or ce principe semble rencontrer de nombreuses difficultés à s’actualiser; les constats en ce sens sont nombreux 8. Comment sortir de l’impasse ? Les obstacles relèvent-ils uniquement de la conjoncture ou sont-ils à chercher également du côté des intervenants : impuissance, ignorance, manque de conviction? Comment fait-on participer les personnes concernées à la définition du problème, à l’analyse de la situation, à la recherche de solutions et à leur mise en œuvre?  La promotion de la participation est-elle compatible avec la logique de programme qui prévaut autant dans les ministères que chez les bâilleurs de fonds privés?

2)
   Des réflexions théoriques sur le sens de cette intervention sont également sollicitées : pourquoi intervient-on? Pour « atténuer les effets les plus dévastateurs de la pauvreté [...] en visant le développement de la capacité d’agir des personnes et des communautés aidées [empowerment] 9 »? Pour favoriser « l’élargissement de l’espace démocratique 10 »? Cet espace est-il restreint à l’univers des personnes concernées ou peut-il déborder sur « la vie de la Cité au sens d’espace commun d’engagement pour l’intérêt général 11 », s’articulant alors autour d’un projet de société et marquant un déplacement vers le politique?

3)
    Intervient-on pour que les personnes « s’améliorent » et développent des habiletés, tendance observée à travers notre expérience liée à la formation pratique? Quelle place doit être réservée aux pratiques éducatives et aux activités de sensibilisation? L’action collective peut-elle avoir comme finalité la modification de comportements ou le développement d’habiletés? N’y a-t-il pas là risque de dérive? La frontière entre la transformation des conditions de vie en fonction des intérêts des premiers concernés d’une part et la modification des comportements, d’autre part, est souvent brouillée. Cette frontière distingue pourtant l’objet et la visée du changement, à savoir la transformation du comportement de l’individu ou bien la transformation de ses conditions de vie. Quelles particularités de l’éducation populaire, de la défense de droits et de la conscientisation seraient à réaffirmer pour que les « premiers concernés » soient au centre de l’action?

4)
   Auprès de qui et avec qui intervient-on? L’essentiel n’est-il pas de favoriser l’agir ensemble et d’investir dans le processus, quelles que soient ces personnes dont on supporte l’action collective, du moment que cette action est orientée vers le bien commun plutôt que de servir des lobbies partisans? N’a-t-on pas plutôt comme intervenant professionnel un parti pris pour les personnes exclues des lieux de pouvoir et n’ayant pas accès à l’exercice du politique? La question de l’oppression et des conditions de vie (aussi larges soient-elles : logement, alimentation, revenus, accès aux services – écoles, garderies, transport, santé) n’est-elle pas centrale lorsqu’on détermine le cadre dans lequel s’inscrira l’agir ensemble, d’un point de vue d’intervention sociale?

5)
   Le rôle de l’intervenant et sa position à l’intérieur du collectif qui mène l’action sont également à examiner. L’intervenant salarié fait-il partie du collectif ou doit-il rester à l’extérieur, dans une position de neutralité? Comment alors privilégier le « faire avec » plutôt que le « faire pour », au sens où l’entend Ninacs 12? L’intervenant salarié ne porte-t-il pas, lui aussi, un projet de société qui repose sur des valeurs? Et qu’en est-il du militant, intervenant lui aussi pour favoriser l’agir ensemble, mais dont l’intérêt déborde le processus pour se porter sur l’atteinte de résultats? Peut-il adopter une posture d’intervenant? À quelles conditions? Que penser du pouvoir détenu par l’intervenant, qu’il soit salarié ou militant?
Voilà quelques questions auxquelles nous vous invitons à réfléchir en accordant une attention particulière aux enjeux éthiques soulevés. Cette réflexion devra, si possible, prendre assise sur des expériences d’intervention, vous référant à différentes expériences de mobilisation et d’action collective ou vous attardant à une expérience particulière. Les aller-retour entre la théorie et la pratique sont souhaités. La contribution des théoriciens de l’action collective est sollicitée au même titre que celle des praticiens, pourvu que la perspective d’intervention soit centrale dans la réflexion. Afin de favoriser la participation des intervenantes et des intervenants à la production d’articles à caractère scientifique, différentes formules peuvent être envisagées, dont le jumelage chercheur/intervenant.

Les manuscrits doivent être soumis avant le 15 avril 2010 par courrier électronique à Nouvelles pratiques sociales (nps@uqam.ca).

Pour toute question relative à ce numéro thématique, les auteures et auteurs sont invités à communiquer avec les responsables :

Michelle Duval
Esther Filion
Pierre Fournier
Professeure et responsable du séminaire d’intégration pour les stagiaires Intervenante en alphabétisation populaire
Superviseure de stage (École de travail social – UQÀM)
Organisateur communautaire
C oordonnateur de stages (École de travail social – UQÀM)
École de travail social
Université du Québec à Montréal (UQÀM)
Comité d’éducation aux adultes (CÉDA) CLSC Saint Léonard
Tél. : (514) 987-3000 (poste 6867) Tél.: (514) 596-4428 Tél.: (514) 328-3460 (poste 5679)
duval.michelle@uqam.ca esther@internet.uqam.ca pierre.fournier@ssss.gouv.qc.ca

Rappel : Aucun article ne devra dépasser 35 000 caractères (espaces compris), notes, bibliographie et tableaux inclus. » Guide pour la présentation des articles


1. Cf. DOUCET, L. et L. FAVREAU (1992). Théories et pratiques en organisation communautaire, Québec, Presses de l’Université du Québec; D. Bourque, Y. Comeau, L. Favreau et L. Fréchette (2007). L’organisation communautaire. Fondements, approches et champs de pratique, Québec, Presses de l’Université du Québec.

2. Cf. LAMOUREAUX, H., LAVOIE J., MAYOR, R. et J. PANET-RAYMOND (1996). La pratique de l’action communautaire, Québec, Presses de l’Université du Québec. Marcotte, F. (1986), L’action communautaire : ses méthodes, ses outils , ses rouages et sa gestion, Montréal, Saint-Martin.

3. Cf. LAMOUREUX, H. (1991). L’intervention sociale collective. Une éthique de la solidarité, Glen Sutton, Le pommier.

4. Cf. DE ROBERTIS, C. et H. PASCAL (1987). L’intervention collective en travail social. L’action auprès des groupes et des communautés, Paris, Le Centurion.

5. Cf. BLONDIN, M. (1967). « Quels changements apporte l’animation sociale? », L’animation, Cahiers de l’Institut canadien de l’éducation des adultes (ICÉA), nos 4-5, 165-179.

6. HANSOTTE, M. (2005). Les intelligences citoyennes. Comment se prend et s’invente la parole collective, Bruxelles, De Boeck.

7. DORÉ, G. (1985). « L’organisation communautaire : définition et paradigme », Service social, vol. 34, nos 2 et 3, p. 214.

8. GUBERMAN, N., LAMOUREUX, J., BEEMAN, J., FOURNIER, D. et L. GERVAIS. (2004). Le défi des pratiques démocratiques dans les groupes de femmes, Montréal, Saint-Martin; H. Lamoureux (1999). Les dérives de la démocratie : questions à la société civile québécoise, Montréal, VLB Éditeur; DUVAL, M. (2007). « Les organismes communautaires comme lieux d’élargissement de l’espace démocratique », dans M.-J. FLEURY,  M. TREMBLAY, H. NGUYEN, et L. BORDELEAU, Le système sociosanitaire au Québec : gouvernance, régulation et participation, Boucherville, Gaëtan Morin Éditeur, 467-478.

9 . NINACS, W. A. (2008). Empowerment et intervention. Développement de la capacité d’agir et de la solidarité, Québec, Presses de l’Université Laval, p. 1-2.

10 . LAMOUREUX, H. (1991). Op. cit., p. 69.

11 . HANSOTTE, M. (2005). Op. cit., p. 20.

12. NINACS, W. A. (2008). Op. cit.

 

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Dernière mise à jour : le 17 mars 2010